Hommage à Elhadj Abdoul Ngaidé, pionnier de la parole libre à Radio-Mauritanie
Hommage à Elhadj Abdoul Ngaidé, pionnier de la parole libre à Radio-Mauritanie
Le 6 février 1985 s’éteignait à Nouakchott une grande voix de la Mauritanie : Elhadj Abdoul Ngaidé, journaliste, homme de convictions et l’un des pionniers de la parole libre sur les ondes de Radio-Mauritanie. Quarante ans plus tard, son nom demeure gravé dans la mémoire collective comme celui d’un bâtisseur, d’un père fondateur de la Mauritanie moderne et d’un fils illustre du Fouta.
Qui, sur les deux rives du fleuve Sénégal, n’a jamais entendu parler de lui ? Qui n’a pas connu ce journaliste courageux, populaire, aimé des siens, respecté même par ceux qu’il dérangeait ? Elhadj Abdoul Ngaidé appartenait à cette génération rare d’hommes dont la parole ne tremble pas, dont la voix ne se plie ni au pouvoir ni à la peur.
À Radio-Mauritanie, son émission emblématique Sawru Gumdo — « la canne de l’aveugle » — fut un espace inédit de vérité et de conscience. Du petit paysan au détenteur de l’autorité, nul n’échappait à son regard lucide. Il y dénonçait sans détour les dérives sociales, les injustices et les abus, maniant le verbe avec courage et une redoutable liberté de ton. Une parole droite, sans langue de bois, qui éclairait autant qu’elle dérangeait.
On raconte qu’au cours des tournées du président Moktar Ould Daddah dans la vallée du fleuve, Elhadj Abdoul Ngaidé l’accompagnait souvent. Et que, bien plus que pour accueillir le chef de l’État, les populations des deux rives se déplaçaient massivement pour voir et écouter Ngaidé. Tant son aura dépassait les titres et les fonctions.
Révolutionnaire dans l’âme, homme de refus et objecteur de conscience, il sut aussi mobiliser les siens lorsque l’histoire l’exigeait. Pendant la guerre du Sahara, il lança des appels puissants à l’unité et à la défense de la patrie, engageant plus d’un Foutanké à rejoindre l’armée nationale. Ses paroles résonnent encore :
« So mawdo wumii wumtii ina foti anndude ko gite nafata. »
« Sahara so noddii kulɗo reedu yahataa. »
Des mots forts, porteurs d’un sens aigu du devoir et de la responsabilité collective.
Poète dans l’âme, il savait aussi dénoncer l’hypocrisie et la fausse éloquence :
Ô Maamoye, Haaliyanke, vous êtes.
Et vous ne saurez être.
De la trempe de ceux
Dont la parole rime
Avec la largeur des joues
Qui usent et qui abusent…
Aujourd’hui, en ce jour anniversaire de sa disparition, qu’une pensée pieuse accompagne cet homme debout, ce passeur de vérité, cette conscience libre.
Que la terre de Jowol lui soit légère.
Qu’Allah l’accueille en Son Saint Paradis. Amine.
source Kaw Touré
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